samedi 15 août 2009

Macau : Les jeux sont faits

Dubaï, le retour.

Je suis assis au Paul local. Il est 5h20 heure locale. Je ne sais pas depuis combien de temps je n'ai pas dormi. Branka s'est effondrée peu après la première prière du jour. Brian est parti recharger sa DS je ne sais où. Première partie du récit de nos aventures à Macau.

photo de situation :

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Malgré les injonctions du guide je m'attendais à découvrir un Macau gangrené par le jeu ou le touriste insouciant aurait pu errer dans d'improbables ruelles à l'odeur de souffre, de poudre ou au moins de poisson séché. Il n'en est est rien (sauf pour le poisson). Du haut de la Macau tower, la nuit dévoile un paradis de toc dont les scintillements très bling-bling peuvent au mieux égarer les âmes faibles (et fortunées). La vérité est que la vraie Macau est bien éloigné de la sulfureuse image dont on l'affuble habituellement. Bien avant le transfert du pouvoir aux chinois, les autorités locales et les tycoons avaient déjà largement fait le ménage; Il y a bien longtemps qu'on ne s'entretue plus dans les rues de Macau.


Autrefois possession portugaise, la ville a gardé de ces lointains ancêtres une langue qui semble plus avoir été conservée pour les touristes asiatiques (les noms de rue, les panneaux et les documents officiels sont en chinois et en portugais) que par se habitants (très peu parlent portugais : seulement deux conversations entendues en trois jours). Les anciens occupants ont laissé à la ville une architecture à l'esthétique résolument européenne.



Macau a les langueurs océanes du Portugal et déroule ses ruelles calmes sans la folie trépidante et commerciale de Hong Kong. Ici tout semble s'écouler lentement. Même les vendeurs sont léthargiques ce qui n'est pas peu dire dans un pays où tout se négocie.



Macau est aussi un havre de douceur par sa fraîcheur. C'est loin d'être un détail : la chaleur humide (jusqu'à 90 % d'humidité) de Hong Kong est proprement assommante.

Ici l'auteur avait prévu une comparaison qui déchire sa race de citation littéraire, il s'agissait d'écrire que la chaleur écrasante de HK nous « faisait nous déplacer comme des poulpes au fond d'une baignoire d'eau fadasse » (L.F. Céline, voyage au bout de la nuit phrase sublime s'il en est) mais par égard à tous les poulpes, seiches et autres calamars que l'auteur a baffé durant ses vacances, l'auteur, lui, enfin moi, n'en fera rien.



Malgré ses racines portugaises Macau n'a jamais cessé d'être profondément chinoise et c'est donc tout naturellement que nous nous sommes lancés à la découverte de ses superbes parcs et jardins. Au détour d'un arbre inconnu, nous sommes tombés par hasard sur le tournage d'un film.


*** Avis au lecteur ***

si tu es un locuteur chinois

si tu es accro à ses séries télévisées nationales que l'on voit s'épanouir sur tous les écrans de TV chinois (et il y en a beaucoup)

si tu vis au rythme palpitant de ses séries qui n'ont rien à envier à leurs homologues brésiliens (jeu des acteurs au delà du pitoyable, scénario dont l'audace rivalise avec le script d'une pub de lessive, dialogues dont l'indigence ferait honte à un militant des jeunesses UMP ou LCR)


Alors ce qui va suivre n'est pas pour toi. Des secrets vont être révélés, des « spoilers » vont être lâchés : saute deux images et retrouve nous là-bas.

T'es prévenu.



C'est en effet une série que l'on tourne. Du moins le suppute-je mais compte tenu du nombre de prises par scène (deux pour les plus difficiles) et des moyens modiques mis en œuvre, ça sent la série à petit budget avec obligation contractuelle de shooter un épisode en deux jours.

La scène à laquelle nous assistons (et que ma pudeur naturelle m'a conduit à cacher aux autres rigolos) est un scène poignante : deux hommes sont assis à une table, l'un remet un paquet à l'autre, il lui glisse quelques mots puis les deux hommes se relèvent et se serrent une virile poignée de main. C'est tout. Quel peut bien être le contenu si précieux de ce mystérieux paquet (de l'argent, l'intégrale de Victor Hugo, une carte mère ?), que se disent les deux hommes (en chinois en plus !). Nous n'en savons rien et ne pouvons que nous perdre en supputations.


Sur la photo ci-dessus Chan déclare à Lee : « Je suis ton père, Lee ».

Lee lui répond : « Chan, mon frère, tu es maintenant mon père et si ce que tu dis est vrai ça change beaucoup de choses dans la vie banane et molotone que j'endure juit et nour au bureau en tant que responsable de l'avoprisionnement en trombones et papiers divers au sein de la Chan Worwide Inc. »

Cette situation met Lee sur un pied d'estale dont il ne peut plus descendre [la descente de Lee serait terrible] car il est secrètement amoureux de la fille de Chan qu'il ne peut donc plus épouser avant la saison 2 (où on apprend qu'elle n'est pas la fille de Chan)(mais en fait on s'en fout un peu).

(Surtout qu'il y a peu de chances qu'on voit la saison 1 en France).

Ce qui n'est pas plus mal.

Allez vient on va retrouver les autres gougnafiers.


*** Fin de l'intermède avec « SPOILER CONTENT » ***


Après ce moment intense et culturel, nous prenons le bus pour Coloane, un des villages situés au sud de la péninsule de Macau.



Si Macau nous avait surpris par sa léthargie, Coloane est encore plus alanguie. A l'instant ou nous pénétrons dans le village tout semble indiquer qu'il ne va rien se passer dans ce petit village avec ses routes calmes et ombragées :



Et effectivement il ne se passe rien !


Nous prolongeons notre ballade jusqu'à ce que nous rencontrions un temple.



C'est un temple comme on en croise partout en Chine qui mêle divinités du taoïsme avec Bouddha et parfois encore d'autres dieux... Je ne sais pas si on peu parler de « religion » pour les chinois. Le peu que j'ai compris est que ce que nous appelons « religion » est chez eux une forme de syncrétisme très large ou se mêlent religions établies, animisme et divinités locales. Dans ce temple nous assistons pourtant à une « cérémonie » étonnante. Une jeune femme s'approche de l'autel et prend un pot contenant des bâtonnets. Elle agite le pot de haut en bas en adoptant une posture de profond recueillement jusqu'à ce qu'un bâtonnet s'échappe du pot. A cet instant, elle le prend et l'amène à un homme assis sur le coté de l'autel.


En fait, les baquettes portent un numéro. C'est ce numéro que la jeune femme va montrer à l'homme. Ce dernier n'a pas de signes ou de vêtements particuliers marquant une fonction religieuse. Il extrait un papier d'une sorte de grand panneau qu'il tient devant lui et qui contient les chiffres correspondant au numéro « choisi ». Il lit le contenu du papier et -je présume- se lance dans son interprétation. L'interprétation dure 5 bonnes minutes.



Après quoi, la jeune femme lui remet de l'argent et se dirige vers un bac rempli d'eau situé de l'autre coté du temple. Elle y dépose quelques pièces, effleure de la paume de ses mains la surface de l'eau et les frotte énergiquement sur les anses du bac.

C'était notre séance « pratique des arts divinatoire dans la Chine d'aujourd'hui.

Nous poursuivons notre promenade et, à notre grande surprise, nous retrouvons l'équipe de tournage croisée précédemment.


On reconnaît facilement le réalisateur : c'est celui qui est assis, dont la voix porte loin et fort avec hargne. Je présume qu'il se plaint d'avoir une équipe de bras cassé. Bref : un manager. La scène qu'il tourne se déroule autour d'un banquet. En quasi direct live, voici 18 secondes de pure réalité :


Ils ne cherchaient pas de figurants.

Peut être ai je laissé passer ma chance.

Le doute me ronge.




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